ESSAI
ISBN 978-2-914373-41-8
304 pages
paru en janvier 2010
À travers un moment d’une carrière – les années 1830-1848 – et un genre musical – la fantaisie –, Bruno Moysan envisage Liszt virtuose comme acteur clef dans la construction de l’image de l’artiste romantique. Dans ce pan de l’œuvre lisztien longtemps mésestimé, l’auteur démonte les rouages d’un discours qui, loin d’être seulement musical, est aussi social voire politique. La fantaisie apparaît bien alors comme le « lieu social de la musique », celui d’une négociation entre le compositeur et son public. Liszt se soumet ainsi aux contraintes de la mondanité, tout en introduisant un « brouillage des codes » qui transforme cette même mondanité. Par les œuvres qu’il se réapproprie, l’espace où il les joue, l’invention du « récital » et même le jeu des dédicaces, Liszt subvertit les codes de son temps et devient un acteur du « changement social » à part entière. Le virtuose donne à réentendre ce que son auditoire a déjà applaudi à l’Opéra, tout en avançant masqué. Cette ambiguïté rend possibles toutes les audaces, comme celle de conquérir à la cause d’une musique purement instrumentale une société acquise au bel canto.
L’étude croisée des œuvres et des mœurs, menée par un spécialiste des rapports entre la musique et la politique, rend compte, au mieux, de ce qu’a été le romantisme. Il ne s’agissait pas simplement d’un parti pris esthétique, mais bien de l’utilisation du champ artistique comme tremplin vers le champ social. Liszt, le premier, est parvenu à rivaliser avec le poète comme prophète des temps à venir : il a su placer le musicien, aux côtés de l’écrivain, à l’avant-garde de la société.
Remerciements
Préface
Bernard Stirn
Introduction
La fantaisie lisztienne dans le temps long de l’Europe des cours
L’importance sociale d’un genre mineur : destination, sémiologie du matériau emprunté, prix de vente
Un horizon d’attente élitiste : le système du fashionable et la persistance de l’Ancien Régime après 1815
Le Théâtre-Italien et la salle Le Peletier : l’ombre de Rossini
La fantaisie sur des thèmes d’opéra et les bouleversements de 1830 : fashionable, élitisme social et qualité musicale
Être artiste à Paris au temps de Balzac
Sémantique des espaces : Liszt chez Armand Bertin
Schéma structurel du 8 juillet 1842 chez Armand Bertin
Franz Liszt
Armand Bertin
Ingres
Cuvillier-Fleury
Ambassade d’Autriche
Du côté du faubourg Saint-Germain
Du côté de la chausée d’Antin
Liszt et Liszt
Berlioz et Marie d’Agoult
Journal des débats et faubourg Saint-Germain
Chaussée d’Antin et La Mode
Doctrinaires libéraux et contestation antilibérale
Louis-Philippe Ier et Henri V
Ingres et Thorn
Théâtre de l’Opéra et Théâtre-Italien
Digression sur le sentiment de supériorité
Mécanique de la déconstruction lisztienne : l’analyse de Mme d’Agoult
La fantaisie comme langage
La table de rase de 1830 : interroger la rupture
L’invention d’une forme
La fantaisie comme poétique
L’expression la plus récente, la plus actuelle du Beau
L’espace-temps du présent ou la mode capturée
Rêveries, passions
Un bal
Scène aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat
L’avant et l’après : la réécriture comme souveraineté du sujet
La poétique de l’ailleurs
Un art de l’indétermination
La relation réel-irréel
Ils et je
Jeu, réalité, surréalité : le stile fantastico lisztien
Contradictions
Grotesque et sublime
Pédagogie
Liszt virtuose parisien dans l’espace public de la presse : l’artiste romantique et ses stratégies de prise de parole
Liszt journaliste
L’été 1835
L’hiver 1836-1837
L’affirmation du moi et son discours antagoniste
Un nouvel art de vivre comme discours de la transgression
Affirmation d’une esthétique progressiste
La mise en évidence des forces réactionnaires ou le doigt pointé
L’exclusion de l’autre et l’installation de nouvelles pratiques
L’utopie se réalise… au moins partiellement
L’exclusion des forces réactionnaires
La victoire des forces de progrès
La saison 1840-1841
Liszt et l’idéologie : prophétisme et communautarisme
La fantaisie, société dans un langage : le concert soliste
La rencontre des circonstances, d’une idée et d’un projet
Histoire d’une conquête
Nature du concert : public et idéologie
Le concert soliste et son modèle implicite
Le concert soliste comme éloquence
S’inscrire dans le champ de la parole publique
Le solisme comme pouvoir spirituel laïque
Conclusion
Annexe : Ancienne et nouvelle société
Bibliographie générale
Index des personnes
SYMÉTRIE livres et partitions, édition multimédia
© SYMÉTRIE 1999-2010. Reproduction interdite sans accord écrit. Page mise à jour le 25-01-2010.