POUR CHŒUR, SOLISTES ET ORCHESTRE
« Se venger est de l’individu, punir est de Dieu. La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d’elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. » (Préface du Dernier Jour d’un condamné, 1832)
Dans cette préface, l’argument le plus fort de Victor Hugo en faveur de l’abolition de la peine de mort est sa définition du rôle d’une société-conscience à mi-chemin entre l’Humain et le Divin.
C’est à cette société-là que tentent d’appartenir les vrais artistes lorsqu’ils recréent un monde libéré de la bassesse des hommes, lorsque leur expression tend vers l’Universel, lorsque leurs dons les contraignent au devoir d’exemple. Mais pas un exemple qui nous épouvante ou nous fait complices, non. Au contraire, un exemple qui apporte, à chacun et à chaque époque, la foi en l’homme.
[…] Le propos d’Hugo est actuel. La mort donnée à l’homme par l’homme lui fait horreur, quel que soit le nom du condamné, le crime qu’il a commis. Mais la version Alagna ajoute : quel que soit son sexe, quelle que soit sa race. Face au condamné, il y a la condamnée… homme et femme, d’époques différentes mais égaux dans la souffrance. Leurs chants s’entrecroisent, se superposent puis s’harmonisent et s’unissent au moment où la vie s’arrête.
La partition soutient respectueusement la netteté et le tempo de la prose hugolienne mais David Alagna, enfant de l’opéra, ne pouvait se laisser enfermer dans un genre uniquement déclamatoire. […] Sa peinture du drame intérieur est minutieuse, méthodique, comme pour nous préparer à la violence de la déstructuration finale, au moment de l’exécution, lorsque le temps n’existe plus et que le chaos s’installe autour de la supplique des condamnés, prière des prières étouffée par une transe aux couleurs de tarentelle sicilienne. […] Puis David Alagna compose le retour avorté à l’harmonie pour mieux faire résonner l’écho du souffle horrifié des hommes dans le silence de la mort. […]
Combat pour l’abolition de la peine de mort, lutte contre les discriminations, contre les souffrances, celle des femmes comme celles des hommes car « l’un est l’autre ». Comment ne pas penser à Élisabeth et Robert Badinter ?
Pierre-Henri Loÿs
Un enregistrement sur disque compact du Dernier Jour d’un condamné est disponible chez Deutsche Grammophon
1. « Condamné à mort »
2. « Le soleil, le printemps »
3. « Intermezzo »
4. « Vous avez là une belle redingote »
5. « Mon fils, croyez-vous en Dieu »
6. « Non je ne suis pas un impie »
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