Ordinairement je ne suis guère, en musique, enclin aux titres, aux motifs, aux circonstances. Moins on en suggère à l’auditeur, et plus il y trouve ses propres marques et ses repères : le loisir, par exemple, au long d’une sarabande de Bach ou d’un Adagio de Mozart, d’accrocher un lieu, un visage, un souvenir. Les imposer n’enrichit, au mieux, que la littérature, au pire appauvrit la musique. Impromptus, chansons, préludes, soliloques : voilà chez moi des appellations qui n’encombrent guère ; qui laissent à chacun la liberté de s’adonner aux seules notes, ou d’y glisser, s’il le veut, son vécu, sinon son rêvé.
Debussy, qui avait le titre facile, n’a mis ceux des Préludes qu’à la fin de chaque morceau, entre parenthèses, comme pour s’excuser d’avance d’avoir forcé, sur ce qui ne devrait être que thèmes, harmonies et rythmes, la vision d’un rayon de lune, ou d’une cathédrale engloutie.
Ces quatre Sonatines ravivent mes craintes, ou mes scrupules. Éparses dans mes travaux et mes jours, elles ne sont pas nées d’un projet de « quatre saisons », à la Vivaldi. Quand j’écrivais la première, Sonatine de printemps, en 1989, je n’avais en tête et sous les doigts que la célébration, privée, solitaire, d’un souriant matin d’avril ; surtout je ne prévoyais pas que la suivrait, cinq ans plus tard, une Sonatine d’hiver, et que le « cycle » (ce mot fait sourire) s’achèverait au bout de la décennie.
Pour finir, je ne renie pas ces titres. Et je n’interdis pas qu’on entende, en tel mouvement, tomber la pluie, en tel autre s’épanouir l’ardeur du soleil ou la jeunesse d’un arbre, d’une fleur. Cependant, je suis sûr d’avoir cédé quant à moi, dans ces pages, non pas à des images, mais à des sentiments simples, et même naïfs : l’euphorie qu’au lever du jour un dieu soudainement vous accorde, la ferveur partagée au-delà des mots et des gestes, la souveraine et secourable mélancolie,
– oui, le voile de regret qui recouvre aussi bien nos joies que nos chagrins…
Extraits sonores
Panorama de presse
Quant aux Sonatines, elles sont remarquables par le travail d’atmosphère que Guy Sacre parvient à créer, dont le titre, in fine, n’aurait pas besoin d’être écrit pour comprendre dans quelle saison nous sommes. Mélancolie de l’hiver, fraîcheur naissante du printemps, allégresse de l’été et agitation de l’automne. Écrites entre 1989 et 1998, ces quatre saisons sous forme de sonatines sont un admirable terrain d’interprétation et d’expression qui en font un répertoire ouvert et accessible à tous.
Ayrton Desimpelaere, Crescendo Magazine
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Sonatines de printemps, d’été, d’automne, d’hiver (lot)piano
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