Le xviiie siècle a été marqué par un essor inédit de la composition féminine. L’éducation musicale des femmes de la bourgeoisie en expansion se développe dans toute l’Europe. Ce vivier de musiciennes s’ajoute aux deux autres dont provenaient les compositrices dans les périodes précédentes : les familles de musiciens et l’aristocratie. Les conservatoires qui se créent au cours du siècle sont mixtes, admettant des jeunes filles tout d’abord dans les classes de piano, puis dans celles d’autres instruments et celles de composition. Beaucoup plus de compositrices qu’auparavant réussissent donc à s’établir dans la vie musicale.
Cependant, le genre de l’opéra, comme le genre symphonique, leur reste très difficile d’accès. On estime à environ 1 % de la production totale le nombre d’ouvrages lyriques dus à des femmes entre la création du genre vers 1600 et les années 1920. Faire jouer des opéras impliquait de pénétrer les institutions susceptibles de les faire représenter. Seule Francesca Caccini, la première compositrice lyrique, s’est trouvée dans une position de compositrice de cour, chez les Médicis à Florence, et a pu composer et faire jouer plus d’une quinzaine d’ouvrages. Si l’on excepte des aristocrates écrivant pour le théâtre de leur cour, les autres compositrices lyriques qui lui ont succédé n’ont pu avoir qu’un accès sporadique aux scènes.
La France du xixe siècle jouit cependant d’une position particulière car les trois grands théâtres lyriques parisiens ont admis quelques compositrices : l’Opéra a reçu Louise Bertin et Augusta Holmès ; l’Opéra-Comique, Mlle Le Sénéchal de Kercado, Julie Candeille, Sophie Gail, Louise Bertin, Loïsa Puget et Clémence de Grandval ; et le Théâtre-Italien, Louise Bertin et Clémence de Grandval. Cinq d’entre elles sont présentes dans cette anthologie.
Aussi à Paris, le théâtre de la Renaissance, et en province le Grand-Théâtre de Lille et le Grand-Théâtre de Bordeaux, ont accueilli respectivement Marguerite Olagnier, Juliette Folville et Clémence de Grandval pour des créations dont nous donnons des extraits. Nous leur avons adjoint Pauline Viardot pour un ouvrage créé dans un théâtre de société parisien.
Enfin, nous avons intégré des œuvres apparentées au genre de l’opéra : des scènes lyriques de Louise Farrenc et de Pauline Viardot, une romance de Laure Cinti-Damoreau et deux airs d’une symphonie dramatique de Cécile Chaminade.
Nomenclature
piano et voix