Azémia ou Les Sauvages

Quand Azémia ou Les Sauvages est créé à la Comédie-Italienne à Paris le 3 mai 1787, l’opéra-comique est un genre en plein développement, porté par l’essor de l’édition, la circulation de troupes ambulantes et la multiplication des théâtres de province. Il s’agit du sixième opéra-comique de Dalayrac et de sa troisième collaboration avec le librettiste Ange-Étienne-Xavier Poisson de La Chabeaussière.

Une première version en vers intitulée Azémia ou Le Nouveau Robinson a été donnée à Fontainebleau en 1786 sans rencontrer le succès escompté. Ni les longueurs et les invraisemblances du synopsis ni la musique n’ont convaincu l’auditoire. Le compositeur opère alors d’impor­tantes modifications : l’œuvre devient Azémia ou Les Sauvages après avoir été mise en prose ; par ailleurs, Sir Richard, l’Anglais naufragé vivant sur l’île, devient Édouin et, comme le précise lui-même Dalayrac, « la fin du second acte, la marche du troisième, le dénouement, tout cela est changé, plus d’incendie, plus de vaisseau, plus d’embarras ». Ainsi, la nouvelle intrigue d’Azémia, les mélodies chantantes, les décors exotiques et la distribution avec la célèbre Mme Dugazon dans le rôle-titre plaisent davantage au public de la Comédie-Italienne.

L’ouverture remplit bien son rôle dramatique consistant à planter le décor et annoncer les grands événements à venir. Dalayrac fait preuve d’originalité en y utilisant la pantomime, le ballet étant jusqu’alors employé dans les scènes qui concluent un opéra ou un acte. La pantomime occupe une place importante tout au long de l’œuvre : le compositeur y a recours à chaque intervention des Sauvages. On retrouve l’importance de la danse à travers la citation de la « Danse des Sauvages », extraite des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau. Citer des extraits d’œuvres célèbres est une pratique assez courante dans le contexte de l’opéra-comique et Dalayrac exploite cette mélodie bien connue dans une intention parodique. Il prend une certaine liberté par rapport au modèle : dans l’ouverture, il confie à la basse le thème qui est normalement à la partie supérieure et lui met un rythme pointé. Un autre motif de danse « primitive » apparaît dans la scène 4 de l’acte III, quand les indigènes encerclent un des matelots espagnols qu’ils ont fait prisonnier. Dans cet extrait, les Sauvages chantent les mots inventés « yak mala » sur une échelle de notes très restreinte et un rythme répétitif.

Azémia ou Les Sauvages est un des grands succès de Dalayrac avant la Révolution française avec L’Éclipse totale (1782), Le Corsaire (1783) et Nina (1786). Cet opéra-­comique a été repris après la mort du compositeur, notamment en 1812 au théâtre de l’Opéra-Comique, avec cette fois-ci Émilie Gavaudan dans le rôle de l’héroïne.

Marie Ramilijaona,
sous la direction scientifique de Pierre Pascal,
(département de Musique et Musicologie de l’UFR ALL – Metz de l’Université de Lorraine)

Nomenclature

2 petites flûtes, 2 hautbois, 2 bassons, 2 cors, cordes

Autres formes

(couverture de Azémia ou Les Sauvages)

Azémia ou Les Sauvages

(couverture de Azémya ou Les Sauvages)

Azémya ou Les Sauvages

ouverture
(couverture de Azémya ou Les Sauvages)

Azémya ou Les Sauvages

ouverture