Delta

pour mandoline, guitare et harpe

De la source à l’océan.
Le son de chacun des musiciens nait ici par le geste digital rebondissant sur la corde, cette corde tendue
directement touchée par la chair, la peau vivante du musicien.
La tension d’une corde est chose fascinante : métal éffilé empli d’énergie.
Jouer est ici entretenir le devenir de la résonance. Comme si ces cordes pincées jalousaient les joyaux
de Crémone ; violon, alto ou violoncelle.
Un nom magique : Stradivarius.
Mais nul archet ici.
Trois fois dix doigts pour pincer des cordes. Ni marteau, ni feutre, ni clavier : juste des mains directement
en contact avec la corde sous tension.
Unisson, oui, et « lumière digitale » quand les mains sont virtuoses. Larges mélodies, simples, flottantes,
lançant des promenades, des enchantements qui s’ouvrent, capricieusement – sans prévenir où dans l’imminence –, à des nuées d’envols de mélodies simultanées et rapides, échevelées, fluidifiant dès lors la source du chant en une rivière, un torrent, une immersion océanique du son, ou un « lac contemplatif » de sensations harmoniques.
De la source à l’océan.
Arborescence.
Le point devient ligne. La ligne devient volume.
Le volume devient choeur. Venise.
Une cité traversée par un delta fluide.
Une palpitation fluide. Magie de la contemplation des feuillages mélodiques.

Philippe Schoeller,

Paris, le 4 septembre 2019

Nomenclature

pour mandoline, guitare et harpe